Limites de suites

Durée : 20 mn

Note maximale : 10

Question

Soit f l'endomorphisme de \mathbb R^3 dont la matrice dans la base canonique est :

\(A=\left(\begin{array}{cccccccc} \textrm{0,7}&\textrm{0,3}&\textrm{0,1}& \\\textrm{0,2}&\textrm{0,5}&\textrm{0,3} \\ \textrm{0,1}&\textrm{0,2}&\textrm{0,6} \end{array}\right)\)

  1. Montrer qu'il existe une base \((v_0,v_1,v_2)\) de \(\mathbb R^3\) et des réels \(\lambda_1\) et \(\lambda_2\), vérifiant \(0<\lambda_1<\lambda_2<1\), tels que la matrice de \(f\) dans la base \((v_0,v_1,v_2)\) soit :

    \(D=\left(\begin{array}{cccccccc} 1&0&0& \\0&\lambda_1&0 \\0&0&\lambda_2 \end{array}\right)\)

    (On ne demande pas de calculer les vecteurs v0, v1 et v2).

  2. Soient \(\mu_1\) et \(\mu_2\) des réels. On construit par récurrence des vecteurs sn de \(\mathbb R^3\) de la manière suivante :

    s\(_0=\mu_1v_1+\mu_2v_2\) et \(s_n=f(s_{n-1})\) pour tout entier \(n\), \(n\ge1\).

    • Calculer les coordonnées de sn dans la base \((v_0,v_1,v_2)\).

    • Soit \(s_n=(x_n,y_n,z_n)\) l'écriture de sn dans la base canonique, et soit \(P\) la matrice de passage de la base canonique de \(\mathbb R^3\) à la base \((v_0,v_1,v_2)\).

      Donner une relation entre les matrices \(P\), \(\left(\begin{array}{cccccccc} x_n\\y_n\\z_n\end{array}\right)\) et \(\left(\begin{array}{cccccccc} 0\\\mu_1\lambda_1^n\\\mu_2\lambda_2^n\end{array}\right)\).

    • Quelles sont les limites des suites \((x_n)_{n\in\mathbb N}, (y_n)_{n\in\mathbb N}\) et \((z_n)_{n\in\mathbb N}\)?

Solution

  1. On calcule le polynôme caractéristique de \(f\) :

    \(P_{car,f}(X)=\det(A-XI_3)=\left|\begin{array}{cccccccc} \textrm{0,7}-X&\textrm{0,3}&\textrm{0,1}& \\\textrm{0,2}&\textrm{0,5}-X&\textrm{0,3} \\ \textrm{0,1}&\textrm{0,2}&\textrm{0,6}-X \end{array}\right|\)

    On ajoute les deux dernières lignes à la première, on fait apparaître ainsi le facteur , par suite :

    \(P_{car,f}(X)=(1-X)=\left|\begin{array}{cccccccc} 1&1&1&\\\textrm{0,2}&\textrm{0,5}-X&\textrm{0,3} \\ \textrm{0,1}&\textrm{0,2}&\textrm{0,6}-X \end{array}\right|\),

    on retranche ensuite la première colonne aux deux autres et on termine le calcul, on obtient :

    \(P_{car,f}(X)=(1-X)=\left|\begin{array}{cccccccc} 1&0&0&\\\textrm{0,2}&\textrm{0,3}-X&\textrm{0,3} \\ \textrm{0,1}&\textrm{0,1}&\textrm{0,5}-X \end{array}\right|=(1-X)(X^2-\textrm{0,8}X+\textrm{0,14})\)

    Les racines de \(X^2-\textrm{0,8}X+\textrm{0,14}\) sont \(\lambda_1=\textrm{0,4}-\sqrt{\textrm{0,02}}\) et \(\lambda_2=\textrm{0,4}+\sqrt{\textrm{0,02}}\).

    L'endomorphisme \(f\) admet trois valeurs propres distinctes 1, \(\lambda_1\) et \(\lambda_2\), vérifiant \(0<\lambda_1<\lambda_2<1\), il est donc diagonalisable.

    Soient v0 un vecteur propre de \(f\) associé à la valeur propre 1, v1 un vecteur propre de \(f\) associé à la valeur propre \(\lambda_1\), et v2 un vecteur propre de \(f\) associé à la valeur propre \(\lambda_2\), alors \((v_0,v_1,v_2)\) est une base de vecteurs propres de \(f\) et la matrice de \(f\) dans cette base est bien

    \(D=\left(\begin{array}{cccccccc} 1&0&0& \\0&\lambda_1&0\\0&0&\lambda_2\end{array}\right)\)

  2. Soient \(\mu_1\) et \(\mu_2\) des réels. On considère les vecteurs les vecteurs sn de \(\mathbb R^3\) suivants :

    \(s_0=\mu_1v_1+\mu_2v_2\) et \(s_n=f(s_{n-1})\) pour tout entier \(n, n\ge1\).

    • On calcule s1 :

      \(s_1=f(s_0)=f(\mu_1v_1+\mu_2v_2)=\mu_1f(v_1)+\mu_2f(v_2)=\mu_1\lambda_1v_1+\mu_2\lambda_2v_2\)

      On fait l'hypothèse suivante : \(s_n=\mu_1\lambda_1^nv_1+\mu_2\lambda_2^nv_2\).

      On démontre cette égalité par récurrence :

      cette égalité est vraie pour \(n=1\),

      on la suppose vraie pour un entier \(k\) : \(s_k=\mu_1\lambda_1^kv_1+\mu_2\lambda_2^kv_2\),

      alors :

      \(s_{k+1}=f(s_k)=f(\mu_1\lambda_1^kv_1+\mu_2\lambda_2^kv_2)=\mu_1\lambda_1^kf(v_1)+\mu_2\lambda_2^kf(v_2)=\mu_1\lambda_1^{k+1}v_1+\mu_2\lambda_2^{k+2}v_2\)

      donc l'égalité est vraie pour l'entier \(k+1\), donc vraie pour tout entier \(n\).

      Les coordonnées de sn dans la base \((v_0,v_1,v_2)\) sont donc \((0,\mu_1\lambda_1^n,\mu_2\lambda_2^n)\).

      Autre démonstration :

      En associant sn au vecteur le vecteur colonne\( \left(\begin{array}{cccccccc} \alpha_n\\ \beta_n \\ \gamma_n \end{array} \right)\) de ses coordonnées dans la base \((v_0,v_1,v_2)\), la relation \(s_n=f(s_{n-1})\) se traduit sous forme matricielle par \(\left(\begin{array}{cccccccc} \alpha_n\\ \beta_n \\ \gamma_n \end{array} \right)=D\left(\begin{array}{cccccccc} \alpha_{n-1}\\ \beta_{n-1} \\ \gamma_{n-1} \end{array} \right)\), et par récurrence on obtient : \(\left(\begin{array}{cccccccc} \alpha_n\\ \beta_n \\ \gamma_n \end{array} \right)=D^n\left(\begin{array}{cccccccc} \alpha_0\\ \beta_0 \\ \gamma_0 \end{array} \right)\), où \(\left(\begin{array}{cccccccc} \alpha_0\\ \beta_0 \\ \gamma_0 \end{array} \right)\) est le vecteur colonne des coordonnées de s0 dans la base \((v_0,v_1,v_2)\).

      Or \(s_0=\mu_1v_1+\mu_2v_2\), donc

      \(\left(\begin{array}{cccccccc} \alpha_n\\ \beta_n \\ \gamma_n \end{array} \right)=D^n\left(\begin{array}{cccccccc} 0\\ \mu_1 \\ \mu_2 \end{array} \right)=\left(\begin{array}{cccccccc} 1&0&0& \\0&\lambda_1&0 \\0&0&\lambda_2 \end{array}\right)^n\left(\begin{array}{cccccccc} 0\\ \mu_1\\ \mu_2\end{array}\right)=\left(\begin{array}{cccccccc} 1&0&0& \\0&\lambda_1^n&0 \\0&0&\lambda_2^n \end{array}\right)^n\left(\begin{array}{cccccccc} 0\\ \mu_1\\ \mu_2\end{array}\right)=\left(\begin{array}{cccccccc} 0\\ \mu_1\lambda_1^n\\ \mu_2\lambda_2^n\end{array}\right)\)

      D'où les coordonnées de sn dans la base \((v_0,v_1,v_2)\) sont \((0,\mu_1\lambda_1^n,\mu_2\lambda_2^n)\).

    • Soit \(P\) la matrice de passage de la base canonique de \(\mathbb R^3\) à la base \((v_0,v_1,v_2)\).

      Comme \((x_n ,y_n,z_n)\) sont les coordonnées de sn dans la base canonique et comme \((0,\mu_1\lambda_1^n,\mu_2\lambda_2^n)\) sont les coordonnées de sn dans la base \((v_0,v_1,v_2)\), on a la relation :

      \(\left(\begin{array}{cccccccc} x_n\\ y_n \\z_n \end{array} \right)=P\left(\begin{array}{cccccccc} 0\\ \mu_1\lambda_1^n \\ \mu_2\lambda_2^n \end{array} \right)\)

    • La matrice \(P\) est une matrice carrée d'ordre 3, dont les coefficients sont des réels fixés. Par suite chacun des réels \(x_n,y_n,z_n\) est de la forme \(\alpha\mu_1\lambda_1^n+\beta\mu_2\lambda_2^n\), or \(\lambda_1\) et \(\lambda_2\) sont des réels positifs strictement inférieurs à 1, donc les suites \((\lambda_1^n)_{n\in\mathbb N}\),et \((\lambda_2^n)_{n\in\mathbb N}\) tendent vers 0.

      On en déduit que les suites \((x_n)_{n\in\mathbb N}, (y_n)_{n\in\mathbb N}\) et \((z_n)_{n\in\mathbb N}\) tendent vers 0 quand \(n\) tend vers l'infini.